(RPT mot manquant 9e para)
* L'OAT à dix ans a pris 61 pdb en septembre et 113 au T3
* L'inflation a accéléré en France, Allemagne et Italie
* Les dernières déclarations des banquiers centraux apaisent
* La stabilisation des prix pétroliers aide également
par Alun John
Le rendement des obligations françaises à dix ans FR10YT=RR devrait enregistrer ce mercredi sa plus forte hausse trimestrielle depuis près de 40 ans et sa plus importante progression mensuelle en près de quatre ans, soulignant l'ampleur de la vague de cession de ces créances observée en septembre à l'échelle mondiale.
Même si les rendements souverains de la zone euro reculent mercredi après les sommets atteints en début de semaine, le reflux reste limité par les nouveaux chiffres de l'inflation publiés en France, en Allemagne et en Italie.
Les rendements obligataires ont bondi ce mois-ci dans la perspective d'un durcissement monétaire de la part des grandes banques centrales sur fond de flambée des coûts de l'énergie, alimentant les craintes d'une inflation hors de contrôle.
L'essor de l'intelligence artificielle (IA), qui stimule la croissance économique, a également conduit les investisseurs à se préparer à des taux d'intérêt durablement élevés.
A ces facteurs en cours dans le monde, s'ajoute le déficit budgétaire galopant de la France qui pourrait ne pas se résorber dans un avenir prochain alors que l'élection présidentielle, prévue en avril et mai, donne lieu à une surenchère de promesses de dépenses de la part des candidats.
Le rendement de l'OAT française à dix ans frôle désormais les 5% et a touché mercredi en séance 4,8349%, proche du pic de 18 ans atteint mardi. FR10YT=RR . Il a progressé au total, à ce stade, de 61 points de base (pdb) sur l'ensemble du mois septembre, sa plus forte hausse mensuelle depuis fin 2022. La prime demandée par les investisseurs pour l'OAT à dix ans est ainsi nettement supérieure à celle exigée pour les obligations équivalentes des autres grands pays de la zone euro.
Sur une base plus élargie, le rendement de l'OAT à dix ans a progressé de 113 points de base depuis début juillet, ce qui représente sa plus forte hausse trimestrielle depuis 1987.
EMPRUNT DE €340 MILLIARDS EN 2027
Cela commence à peser sur la marge de manœuvre du gouvernement qui doit présenter jeudi un projet de loi de finances avec 54 milliards d'euros d'effort de redressement des comptes.
Pour couvrir un déficit budgétaire très élevé, l'Agence France Trésor a annoncé mardi que la France allait émettre l'an prochain 340 milliards d'euros d'obligations à moyen et long terme, un montant record.
La charge de la dette devrait désormais être supérieure de cinq milliards d'euros en 2026 et de sept milliards d'euros en 2027 par rapport aux montants prévus il y a un an.
"La hausse des taux d'intérêt devient donc une source de détérioration budgétaire, rendant encore plus difficile la stabilisation de la dette publique", a souligné Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
Le "spread", c'est-à-dire l'écart entre les coûts d'emprunt à dix ans de la France et de l'Allemagne, s'affiche désormais à 124 points de base, le niveau le plus élevé depuis 2012.
FR10DE10=RR
"Une amélioration de la situation au Moyen-Orient et un recul des prix de l'énergie pourraient faire baisser les taux d'intérêt européens. Mais en l'absence d'une amélioration politique ou budgétaire en France, les chances d'un resserrement significatif de cet écart semblent limitées", a prévenu Charlotte de Montpellier.
Le rendement du Bund allemand à dix ans, référence pour la zone euro, reculait mercredi de 4,5 points de base, à 3,56%, s'éloignant de la zone des 3,65% atteinte lundi, son plus haut niveau depuis 2009. DE10YT=RR
Il a néanmoins, à ce stade, progressé de 26 points de base sur le mois de septembre.
L'INFLATION TEMPÈRE L'OPTIMISME
La stabilisation des cours du pétrole, même s'ils restent des niveaux élevés, ainsi que la réticence des banquiers centraux à se plier aux anticipations du marché quant à des hausses rapides et soutenues des taux directeurs, ont contribué récemment à apaiser un peu les opérateurs.
Selon les analystes, certains rééquilibrages de fin de trimestre ont peut-être également joué un rôle.
Aux Etats-Unis, le président de Fed de New York, John Williams, a déclaré mardi que la banque centrale américaine disposait du temps pour évaluer les données économiques avant de procéder à un éventuel relèvement supplémentaire de ses taux directeurs. Cela a incité les traders à revoir à la baisse leurs anticipations d'un renchérissement du coût du crédit en octobre.
En zone euro, Peter Kazimir, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a déclaré que l'institution de Francfort disposait également d'une marge de manœuvre sur les taux, reprenant ainsi dans les grandes lignes les propos tenus lundi par la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
Les rendements européens à court terme, notamment ceux à deux ans, plus sensibles à la politique de la BCE, ont baissé davantage que ceux à dix ans. Le rendement du Bund à deux ans cédait mercredi 6,8 points de base, à 3,20%. DE2YT=RR
Les données préliminaires sur l'inflation publiées ce mercredi dans plusieurs pays européens, en attendant celles vendredi de l'ensemble du bloc monétaire, ont montré que la pression sur la BCE pourrait continuer à s'accentuer.
L'inflation allemande, calculée selon les normes européennes (IPCH), a ainsi accéléré plus que prévu, à +3,3% sur un an en septembre, tandis qu'en France elle est ressortie à 3,4% en rythme annuel, son niveau le plus élevé depuis janvier 2024. En Italie, l'indice des prix à la consommation a grimpé à 41% sur un an.
(Reportage Alun John; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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